Pourquoi la rénovation énergétique ne décolle pas ? Où en est la loi ?

Levier puissant pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et optimiser les consommations, la rénovation énergétique des bâtiments ne décolle pas. Depuis le Grenelle de l’environnement, les initiatives se multiplient et pourtant. Entre dispositifs parfois trop complexes et difficilement compréhensibles, démarchage commercial abusif et conditions d’éligibilité trop restrictives, la rénovation énergétique est à la peine. Décryptage.

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Des plans pour la rénovation énergétique ambitieux

Représentant près de la moitié de la consommation d’énergie et un tiers des émissions de gaz à effet de serre, le secteur du résidentiel est énergivore. C’est ce constat qui pousse depuis plusieurs années maintenant les gouvernements successifs à en faire un enjeu majeur de lutte contre le changement climatique. En ajoutant à cela la précarité énergétique liée aux logements identifiés comme passoires (7 millions de logements, 3,8 millions de ménages concernés), on comprend l’urgence de la situation. La rénovation énergétique est un vaste chantier qui répond à des besoins tant économiques qu’environnementaux et sociaux.

Après les lois Grenelle 1 et 2, les dispositifs pour doper le secteur de la rénovation énergétique se sont multipliés.

  • Plan de rénovation énergétique de l’habitat (PREH) en 2013 ;

  • Loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) en 2015 ;

  • Plan de rénovation énergétique des bâtiments en 2018 ;

  • Stratégie nationale bas carbone en 2020.

À chaque plan ou loi, des objectifs chiffrés concrets. Déjà au moment des lois Grenelle, l’ambition était d’atteindre une réduction de la consommation d’énergie du parc ancien de 38 % en 2020. Le PREH prévoyait lui la rénovation énergétique de 380 000 logements privés et 120 000 logements sociaux par an à partir de 2017. La stratégie nationale bas carbone ambitionne elle une réduction de 49 % des émissions de gaz à effet de serre de tous les bâtiments en 2030 et même la neutralité carbone en 2050 ! Irréaliste ? Des objectifs censés être « programmatiques » mais pas contraignants. Ils ne sont pas rendus obligatoires et n’entrainent pas de sanction. Pas de contrainte mais de l’incitation, qui ne séduit pas.

Selon l’Observatoire du Climat, qui scrute l’atteinte des objectifs fixés, on constate une sous-réalisation de la plupart des dispositifs.

Les freins à la rénovation énergétique

Puisque le diagnostic est posé et que l’ambition politique semble claire avec des feuilles de route précises, pourquoi la rénovation énergétique ne parvient pas à décoller ? Quels sont les freins à sa réussite ? Quatre raisons sont souvent avancées par les études sur le sujet.

La première concerne l’information des consommateurs. Les Français méconnaissent les aides financières dont ils peuvent bénéficier. Ma Prime Rénov, éco prêt à taux zéro, certificat d’économie d’énergie, TVA réduite, programme Habiter mieux, subventions des collectivités locales… n’en jetez plus ! Mal articulées et parfois difficiles à identifier, les aides se chevauchent plus qu’elles ne se complètent. Ce manque de clarté est nuisible à la compréhension.

Souvent abreuvés par des « offres de démarchage transition énergétique » avec la promesse d’une isolation à 1 euro, les consommateurs sont également méfiants vis-à-vis de la filière de la rénovation énergétique. Celle-ci souffre d’une image négative portée par des acteurs peu scrupuleux. Les envois de courriels massifs ou les appels téléphoniques non sollicités de la part de conseillers en rénovation énergétique autoproclamés n’aident pas à clarifier l’information. Le démarchage téléphonique en matière de rénovation énergétique a été récemment interdit, mais les dégâts sont toujours là.

Deuxième raison avancée pour comprendre pourquoi le secteur de la rénovation énergétique ne décolle pas, le manque d’accompagnement. Lorsque les particuliers se lancent dans des travaux, ceux qui ont un impact énergétique positif sont limités. Selon les chiffres avancés par l’ADEME, 30 % seulement des travaux seraient bénéfiques. Les autres, par manque de suivi, se révèlent très souvent inefficaces. Les rares rénovations qui parviennent à réduire drastiquement les consommations d’énergie et les émissions de CO2 sont des rénovations globales sur un bouquet de travaux (murs et toiture par exemple). Des chantiers avec un coût important.

Méfiance et manque d'accompagnement sont les deux premiers facteurs qui peuvent expliquer ces résultats en berne.

Enfin, la filière de la rénovation énergétique peine toujours à se développer par manque de visibilité et du fait de moyens insuffisants. Le financement actuel ne suffit pas selon de nombreux analystes et il faudrait atteindre plus du double alloué à la rénovation énergétique chaque année pour réellement atteindre les ambitions fixées (soit entre 8 et 10 milliards d’euros pour doubler le budget qui oscille entre 4 et 5 milliards d’euros pour le parc privé).

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Comment dynamiser (enfin) la rénovation énergétique ?

Avec des dispositifs amenés à changer régulièrement - parfois tous les ans - le secteur de la construction et de la rénovation qui suppose de la réflexion et de la stabilité ne peut pas prendre de grandes orientations.

Quelles sont les solutions mobilisables ?

La création d’un Service public de la performance énergétique est appelée par les vœux de certains acteurs du domaine. L’objectif serait d’identifier les logements les plus énergivores pour y entreprendre des actions ciblées.

Une autre idée à l’échelle européenne pourrait donner naissance à une banque du climat chargée de financer la lutte contre le changement climatique et donc les travaux de rénovation énergétique.

Et si les lois devenaient également plus strictes avec des mesures contraignantes ? Deux pistes sont actuellement évoquées : l’obligation de réalisation de travaux de rénovation énergétique pour les logements qualifiés de passoires thermiques d’un côté, et l’interdiction de mise en location de logement ayant de performances thermiques (catégorie F ou G du DPE) de l’autre.

Toutes ces mesures peuvent participer à la relance de la rénovation énergétique devenue aujourd’hui incontournable. Corsetée par une vision très centralisée mais peu encadrée sur le terrain, la rénovation énergétique doit libérer son plein potentiel pour construire le monde de demain.

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